En d'autres temps, en d'autres thermes

Ce n’est pas en 50 avant Jésus Christ et encore moins dans un village peuplé d’irréductibles Gaulois que se développent les thermes gallo-romains de Bayeux. Possiblement édifiés à la fin du premier siècle et au début du second, les deux établissements thermaux de la cité d’alors, l’antique Augustodurum, sont créés sous occupation romaine. Dans la culture de la Rome antique, les thermes sont bien plus que de simples espaces de soins et de détente : véritables lieux de rencontre et d’échange, ils ont une fonction sociale importante. On y discute, on y négocie, on y joue... Bref, on y vit !

Les thermes de la rue Laitière

Découverts en 1882 à l’occasion des travaux de construction de la Poste, les thermes de la rue Laitière ont fait l’objet de deux campagnes archéologiques : la première à la fin du XIXe siècle et la seconde en 1986, avant l’installation des services municipaux au sein du bâtiment. Lors de ces campagnes, plusieurs éléments caractéristiques des édifices thermaux ont pu être observés. Un bassin chauffé, identifiable à son sol en dalles calcaires et ses petits gradins (photo ci-dessus), subsiste notamment. Un système d’hypocauste, typique des édifices thermaux, a lui aussi été recensé : il s’agit d’un sous-sol constitué de pilettes (piliers de petites briques) entre lesquelles circule l’air chaud provenant d’un four situé à proximité. Le foyer est d’ailleurs toujours en place et visible depuis la salle de chauffe. Des vestiges de tubulis (canalisations en terre cuite au mur) demeurent également. Ce premier ensemble aurait été en fonctionnement dès la deuxième moitié du IIe siècle et jusqu’au début du IVe. Les deux campagnes archéologiques ont permis la découverte de plus de 1000 objets, fragmentaires ou non, dont certains constituent des éléments emblématiques des collections du MAHB. Parmi eux, les fameux tubulis évoqués plus haut, des fragments de peigne en os, une boucle d’oreille en bronze ou encore un sesterce de Marc Aurèle, émis à la fin du IIe siècle.

Hypocauste : sous-sol constitué de pilettes (piliers de petites briques) © Ville de Bayeux

Foyer visible depuis la salle de chauffe © Ville de Bayeux

Vestiges de tubulis (canalisations en terre cuite au mur) © Ville de Bayeux

Les thermes de Saint-Laurent

En 1760, des fouilles – menées dans le cadre de la reconstruction du chœur de l’ancienne église Saint-Laurent (actuel Auditorium) – révèlent les vestiges d’un monument dont on ignore alors l’origine. Les premiers éléments relevés – marbres de différentes couleurs, corniches moulurées – laissent penser à un temple richement décoré. Ce n’est qu’en 1821, après des travaux de terrassements et la mise au jour de nouveaux vestiges, qu’une commission composée du sous-Préfet, du Maire et de l’ingénieur des Ponts-et-Chaussées Eugène Surville (voir ci-après) lance une nouvelle campagne archéologique. Si celle-ci ne permet pas de délimiter le site, elle révèle sur près de 450 m² sa structure et son organisation : bassins, salles de chauffe, vestiaires, couloir, hypocauste et système d’arrivée et d’évacuation des eaux confirment l’hypothèse d’un établissement thermal. Au total, après de nouvelles phases de fouilles et de sondages, une dizaine de pièces sont identifiées sur une zone de près de 1 500 m². De nombreux objets sont également collectés. Parmi eux, des débris de poterie romaine, des pierres de marbre taillées en petits morceaux comme des mosaïques, des médailles antiques... Daté du IIe siècle, cet établissement est vraisemblablement plus vaste que celui de la rue Laitière avec une salle circulaire accueillant un bassin de neuf mètres sur onze, une salle rectangulaire et sa piscine de dix mètres sur cinq, une cour intérieure et de nombreuses salles de service.

Le saviez-vous ?

Les plans et les comptes-rendus des recherches menées rue Saint-Laurent ont été réalisés par Eugène Surville, ingénieur des Ponts-et-Chaussées. Eugène Surville n’était autre que le beau-frère d'Honoré de Balzac, dont il avait épousé la sœur Laure en 1820. Installé à Bayeux en 1821, le couple avait accueilli le célèbre auteur dans son hôtel particulier de la rue des Teinturiers (Hôtel Toulouse Lautrec) lors d’un séjour de mai à août 1822. De nombreux écrits, dont La Femme abandonnée (1832), tirent leur inspiration de ce passage dans la cité bajocasse.

Restitution des thermes de Saint-Laurent proposée par l’ingénieur Eugène Surville à partir des fouilles de 1821 © Collection du MAHB